Plutona

one shot de Jeff Lemire (scénario) et Emi Lenox (graphisme)

Plutona couverture

Une bande de gamins découvre en pleine forêt le cadavre de Plutona, une super héroïne adulée du public. Que s’est-il passé ? Comment la super girl a t’elle pu se retrouvé là ? Son rival de toujours, le docteur Wasp a t’il cette fois-ci triomphé ?

Je ne suis pas fan des BDs type super héros et ça tombe bien, il s’agit ici d’étudier le comportement d’ados face à une situation inattendue. Jeff Lemire explore cinq personnalités bien différentes. Entre amitié, trahison, doute, désillusion et peur, chacun va réagir à sa façon. Apparaissant assez rapidement, plutona est absente des débats même si le scénario prend le temps de présenter l’envers du décor de cette maman qui cumule 2 ou 3 jobs pour s’en sortir.

Chronique intemporelle, les 150 pages de ce one shot passent comme une lettre à la poste.

Plutona planche

Editions Futuropolis

L’adoption

une histoire complète en 2 tomes
(tome 1 : Qinaya) Lorsque Qinaya, une orpheline péruvienne de 4 ans, est adoptée par une famille française, c’est la vie de tous qui est chamboulée. Mais pour Gabriel, ce sera encore plus compliqué : il lui faudra apprendre à devenir grand-père, lui qui n’a jamais pris le temps d’être père. Des premiers contacts un rien distants aux moments partagés, Gabriel et Qinaya vont peu à peu nouer des liens que même le vieux bourru était loin d’imaginer.
(tome 2 : La Garua) Qinaya est repartie. Après l’arrestation de ses parents adoptifs pour enlèvement, elle a regagné son Pérou natal. Après un an et demi de recherches, Gabriel, son « grand-père » de France, se rend à Lima pour la retrouver. Mais le vieux bourru va aller de désillusion en désenchantement, car en 18 mois, la petite a changé, elle a grandi… et elle a oublié son séjour en France. Elle a oublié son « achachi », son grand-père…

[ATTENTION SPOILER] (désolé mais je préviens…)

Agée de 4 ans, la petite Qinaya perd ses parents lors d’un terrible tremblement de terre dans le sud du Pérou. Elle sera adoptée par Alain et Lynette ses nouveaux parents français qui attendaient ce bonheur depuis de nombreuses années. Pour Gabriel le grand père, c’est plus compliqué, lui qui n’a jamais su être père va devoir apprendre à être grand-père.

Malheureusement, c’est quand il commence à prendre à cœur son nouveau rôle que la catastrophe arrive : les autorités arrêtent Alain et Lynette qui n’ont pas respecté les règles en adoptant Qinaya. La petite repart aussitôt chez elle. Sur un coup de tête, Gabriel s’envole pour le Pérou, bien décidé à retrouver la gamine.

C’est vrai que si on a pas encore lu les 2 albums, il vaut mieux éviter de lire cet article qui déflore le truc 🙁 mais ça vaut le coup d’être lu. Perso j’ai adoré cette belle histoire signée Zidrou, le nouveau big boss du scénar franco-belge.

Le premier album est forcément touchant, comment résister au regard de cette pitchoune débarquée à la suite d’un drame à des milliers de kilomètres de chez elle ? Comment ne pas apprécier ces petits moments de vie ?

Sous le pinceau élégant d’Arno Monnin la chronique familiale prend tout son charme ressemblant de beaucoup dans le ton et la forme aux Beaux étés du même scénariste (et dessiné par Jordi Lafebre). Et ce qui fait mal après ces jolis moments, c’est le final glaçant qui laisse pantois. On ne s’y attendait pas !

S’en suit un second tome complètement différent qui se joue à l’autre bout du monde puisque Gabriel décide de retrouver Qinaya. On ne sait pas trop ce que je cherche le bonhomme. Là encore Zidrou nous prend à contre-pied pour un final inattendu. C’est bien vu, réaliste et toujours traité avec la dose d’humour qui va bien.

Beau, finement raconté, touchant, chaleureux et drôle, l’Adoption est un magnifique roman graphique. Une histoire humaine comme je les aime.

Un diptyque signé Zidrou au scénario et Arno Monnin au graphisme. Editions Grand Angle.

coup de coeur

Gérard

Cinq années dans les pattes de Depardieu
Gérard couverture
Mathieu Sapin rencontre Gérard Depardieu en 2012. Il l’accompagne en Azerbaïdjan à l’occasion du tournage, pour Arte, d’un documentaire sur les traces d’Alexandre Dumas. Une relation unique se noue entre les deux artistes. Dès lors, Gérard Depardieu va inviter Mathieu Sapin à partager son univers, ses pensées (philosophiques ou triviales), ses coups de gueule, que ce soit lors de tournages, au Portugal ou aux quatre coins de l’Europe, d’un voyage exceptionnel en Russie ou, tout simplement, d’un repas dans la cuisine de son hôtel particulier parisien.

Le moins que l’on puisse dire c’est que c’est un Personnage ce Gérard Depardieu avec un grand « P ». Que l’on aime l’homme ou pas, il ne laisse personne indifférent. En tant que figure publique, on peut même le détester, la presse et les politiques ont à l’époque suffisamment commenté son changement de nationalité et ses amitiés russes. Notamment sa rencontre avec Vladimir Poutine. Il en parle dans le livre, il a été profondément blessé par les propos de Jean-Marc Ayrault alors premier ministre. Il n’a pas hésité à appeler François (Hollande) pour se plaindre. Huhu !

Je pense que quoiqu’on en pense, personne ne saurait mettre en cause son immense talent d’acteur et on ne peut qu’admirer sa capacité de travail. Le gars bosse tout le temps. Il l’expliquer d’ailleurs. La peur de s’ennuyer. Dès qu’il ne fait rien, il s’emmerde le Gégé.

Mais c’est aussi son immense solitude qui étonne, il a peur d’être seul et de se retrouver face à lui-même. Car il ne s’aime pas, il se déteste et ne supporte pas l’image qu’il voit dans la glace.

En cohabitant avec lui, Mathieu Sapin réalise là une oeuvre intimiste, réaliste et passionnante à la découverte d’un type pas comme les autres.

Excessif, épicurien, bouillonnant, cultivé mais aussi très attentif aux autres malgré les apparences, la vie de Gérard Depardieu valait le coup d’être racontée de cette manière. Sans filtre.

Pour mon anniversaire, on m’a fait là un super cadeau. Merci !

Du coup, je vais me pencher sur les autres titres de Sapin qui a fait la même chose à l’Elysée entre autres …

Gérard planche

un album signé Mathieu Sapin aux éditions Dargaud 

coup de coeur

 

Désintégration

Journal d’un conseiller à Matignon
désintégration couverture
Pendant dix-huit mois, Matthieu Angotti a travaillé aux côtés du Premier ministre Jean-Marc Ayrault, et c’est ce qu’il raconte ici, dans un récit percutant qui tente le pari fou de nous mettre dans la peau d’un conseiller politique.

Alors là, voila exactement le type de livre que je recommanderai à n’importe quel citoyen ! En cette période électorale, ça remet les fausses idées en place.

Si chacun s’imagine que le pouvoir est chose facile, il se trompe dans les grandes largeurs. En clair, ce témoignage en immersion dans les coulisses de la République apprend au lecteur que rien n’est plus compliqué que le système démocratique.

Ancien responsable associatif, Matthieu Angotti est nommé conseiller auprès du premier ministre. Après un premier succès sur le dossier de la lutte contre la pauvreté, il attaque le chantier de l’intégration en France. Sujet brûlant qui va provoquer des conflits dans les cabinets gouvernementaux.

On y découvre tous les rouages de la belle mécanique républicaine, des gens qu’on connait (ministres), ceux que l’on ne voit jamais (les conseillers, les secrétaires), bref tous ces gens de l’ombre qui font tourner la machine, des gens qui bossent comme des fous – enfin ceux dont le métier passionne et qui y croient – soumis à une pression terrible, au stress, aux luttes d’intérêts et aux journées interminables. heureusement qu’il y a des bons côtés.

C’est passionnant de bout en bout, très bien expliqué, Matthieu est un homme intègre, bosseur et droit. Il en oublie un peu sa famille mais tient le coup, entre succès, gloire et cruelle désillusion.

Graphiquement le travail de Robin Recht est parfait jusqu’au découpage des planches très original et parfaitement lisible, dotées d’une colo sobre très appropriée.

Un récit qui donne à réfléchir tout en instruisant. A découvrir sans tarder !

désintégration planche

un album réalisé par Robin Recht sur un récit de Matthieu Angotti, ancien conseiller du premier ministre Jean-Marc Ayrault à Matignon de 2012 à 2014. Editions Delcourt.

4 sur 5

44 après Ronny

one shot
44 après Ronny, couverture
Victime d’un accident vasculaire cérébral, le vieux Louis ne peut plus rester chez lui avec son épouse. Alors avant qu’il ne parte en maison de repos, sa famille entière a décidé de lui offrir une dernière journée absolument inoubliable. Mais comme tous les invités sont préoccupés par leurs propres petits problèmes, rien ne va se dérouler comme prévu… Il y a d’abord les petits-enfants qui rejettent les frustrations de leurs propres échecs sur les autres, pendant que la mère fait tout pour sauver les apparences. Et puis le frère de Louis, qui fait ressurgir un vieux traumatisme familial que tout le monde voulait oublier. Sans parler du voisin un peu buté qui, par excès d’enthousiasme, provoque une série de catastrophes… Bref, ce sera effectivement une journée mémorable pour tout le monde. Sauf pour Louis.

Envie d’un roman graphique amusant, d’une chronique familiale douce amère ? Envie de retrouver au gré des quelques 128 pages des points communs avec votre propre vie ?

Pour le savoir rien de tel que de bouquiner cette comédie proposée par Michaël Olbrechts qui s’amuse à organiser une gentille fiesta familiale à l’occasion de l’enterrement du départ pour la maison de retraite du vieux Louis qui n’a rien demandé à personne. Ca part d’une bonne intention mais franchement fallait-il les inviter ?

Moi j’ai beaucoup aimé, le ton est juste, le dessin agréable et la nostalgie de certaines retrouvailles fait le reste. Même quand on s’en engueule on aime bien se retrouver de temps en temps non ?

Un album à découvrir pour pourquoi pas s’interroger sur nos propres rapports avec nos proches.

44 après Ronny, planche

un album de Michaël Olbrechts. Edition Glénat (collection 1000Feuilles).

Le Retour

one shot

le retour

Une histoire très librement inspirée de l’oeuvre accomplie par César Manrique sur l’île de Lanzarote.

C’est le premier album en solo de Bruno Duhamel et il choisit pour cette expérience de brosser le portrait d’un homme au caractère bien trempé. Un Artiste mégalo très mal embouché et têtu comme un âne !

Après avoir fait fortune aux Etats-Unis, Cristobal est de retour sur son île natale. Mais il déchante vite en constatant qu’elle est en voie de bétonisation de la part de promoteurs et de locaux résolus à la transformer en destination de vacances idéales. Bien décidé à préserver la beauté naturelle des lieux, Cristobal entreprend de la transformer en oeuvre d’art pour empêcher le carnage annoncé. Ca se termine quelques années plus tard en accident mortel qui pourrait bien être criminel.

Ahhh le trait de B. Duhamel ! Tout de suite identifiable et sympathique.

Je le trouve plus adapté à la comédie qu’au drame, mais la force des expressions et l’énergie qu’il transmet marche aussi bien ici.

L’histoire est intéressante mais j’avoue que sans le dessin magique, je n’y aurai sans doute pas prêté attention.

un album signé Bruno Duhamel. Editions Grand Angle.

Les beaux étés – tome 2

La calanque

les-beaux-ete-tome-2-couverture

Je n’avais aucun doute, ce second tome ne pouvait que confirmer les très bonnes critiques suscitées par le premier.

On retrouve tout ce qui a fait son succès hormis la pointe dramatique qui rappelait que derrière les apparences heureuses et joyeuses se dissimulait souvent une douleur ou un drame.

Dans ce second opus le bonheur est total. Les Faldérault sont HEU-REUX. Un point c’est tout. Et nous aussi. Nos souvenirs d’enfance remontent à la surface. Et c’est les yeux embués qu’on part en vacances avec nos nouveaux amis Belges à bord de leur vaillante 4L aux 100 000 bornes.

Nous sommes 3 ans plus tôt en juillet 1969, Pierre est content, il termine à l’instant la dernière planche de son nouveau héros Four – un cowboy à quatre bras – qui sort cet été, il peut enfin partir en vacances avec sa petite tribu. Comme promis : direction la Méditerranée ! A la recherche du soleil qui semble tant manquer dans cette Belgique pluvieuse. Mais pas question de foncer sur l’autoroute, Mam’zelle Estérel ne le supporterait pas. Alors avec sa femme Mado, ses enfants Louis, Julie et Nicole c’est le coeur joyeux que Pierre oriente le cap au sud à la recherche d’une plage de rêve qu’une heureuse rencontre en chemin leur offrira…

Voila, ce n’est pas compliqué, l’histoire d’une gentille famille qui part en vacances. Rien d’exceptionnel mais c’est si bien raconté et tellement bien dessiné qu’on ne peut que tomber sous le charme.

Sortez de la grisaille et retrouvez le sourire avec Les beaux étés !les-beaux-ete-tome-2-planche

Un album signé Zidrou au scénar et Jordi Lafebre au dessin. Edition Dargaud.

La chronique du tome 1 est dans les archives.

coup de coeur

Confessions d’un enragé

one shot
confessions-enrage-couverture
Fin des années 1970. Dans les rues de Rabat au Maroc, Liam, un petit garçon, est attaqué par un chat errant. Transporté d’urgence à l’hôpital, le diagnostic est sans appel : il a attrapé la rage. Gravement contaminé mais soigné à temps, Liam a frôlé la mort, mais sa vie s’en retrouvera changée à jamais. Hanté par le fantôme de ce chat, le jeune garçon va développer des capacités hors-norme, et une sauvagerie quasi animale…

Ouuaahhhh ! Le pitch était déjà accrocheur et prometteur mais rien que pour la couverture sublime, ça valait le coup de ne pas passer à côté de celui-là ! Au passage, c’est madame Otéro qui dévoile son talent. Magnifique.

C’est bien simple, ce one shot m’aurait presque mis la larme à l’oeil tant les histoires sur les enfances malheureuses m’émeuvent (l’effet Papa toussa…), c’est bouleversant. Et tant qu’à faire, je regretterai presque le happy end après avoir atteint des sommets dramatiques.

Heureusement que les interventions du toubib permettent de faire une pause dans les événements tragiques, ça permet de bien comprendre l’évolution de la maladie même si c’est parfois très technique.

Rien que le dessin d’Otero, j’adore, son graphisme est d’une efficacité redoutable. Vif et précis, son trait est aussi tranchant que le récit est poignant. L’explosion des couleurs et des effets au moment des crises apportent aussi leur lot d’émotions. Le fantastique n’est jamais très loin lorsque Liam se transforme petit à petit en illustrant le compte à rebours qui le rapproche d’une mort annoncée.

C’est mon nouveau coup de coeur du moment et j’espère que cet album ne passera pas inaperçu tant il est bourré de qualité.

Bravo l’artiste !

confessions-enrage-planche

un album signé Nicolas Otéro aux éditions Glénat dans la collection 1000 feuilles.

coup de coeur

Je viens de m’échapper du ciel

je-viens-de-m-echapper-du-ciel-couverture
Poe, loser magnifique, trimbale son désœuvrement et sa mélancolie de bars enfumés en salles des coffres, de plages interlopes en ruelles malfamées. Il joue son existence au gré du nombre d’allumettes qu’il pioche au hasard dans la poche de son veston, en ne pensant qu’à une chose. À Lola.

Laureline Mattiussi adapte une nouvelle noire de l’argentin Carlos Salem avec une science du noir & blanc remarquable.

A la lecture de ce one shot, il faut savoir lâcher du lest et se laisser emporter sans trop se formaliser par le voile du fantastique dans un récit noir emprunt d’un humour léger et désabusé.

Poe, le héros loser joueur et suicidaire a un parcours atypique de gansgter fleur bleue et c’est grâce à son complice Harly qu’il tente de se sortir maladroitement d’un quotidien sombre et ennuyeux.

Dommage que le gros béta de Harly ne soit pas plus mis en avant car avec Poe ils forment un duo plutôt amusant.

Oscillant entre roman noir, burlesque et fable, cet album de la collection écritures permet de vivre un bon moment d’évasion.je-viens-de-m-echapper-du-ciel-planche

un album réalisé par Laureline Mattiussi aux éditions Casterman.

3 sur 5

A coucher dehors

à coucher dehors – tome 1/2

C’est la première bonne surprise de cette rentrée 2016 !

a-coucher-dehors-tome-1-couverture
Un SDF hérite d’une maison, d’une famille et de tous les soucis qui vont avec…

Alors que je viens de relire avec délice les 3 tomes des Vieux fourneaux, voila t’il pas que je retombe sur une autre chronique sociale du même tonneau. Humour, personnages au fort caractère et grande gueule, ce début de diptyque en partage les caractéristiques sans tout à fait égaler la force des dialogues et le sens de la répartie mais se coulant dans le même moule. Bref, c’est drôle et touchant et le dessin d’Anlor a cet aspect instinctif et dynamique que j’aime beaucoup.

Amédée, Prie-Dieu et La Merguez sont SDF et vivent tous les trois sur les bords de la Seine à Paris. Alors qu’ils sont sur le point de se faire embarquer dans le panier à salade pour la énième fois, Amédée apprend qu’il hérite de sa tante d’une maison en banlieue. Surpris et heureux, il est méfiant à raison car la signature de l’acte est accompagné d’une clause un peu spéciale : la maison est à lui s’il accepte de s’occuper de son cousin trisomique Nicolas passionné par les étoiles. Partant de cet accord, les 3 SDF et le gamin s’installent dans le petit pavillon de banlieue…

Après Amère Russie, un premier diptyque apprécié par la critique et les bédéphiles, Anlor (Les innocents coupables) et Aurélien Ducoudray (The Grocery) réitèrent leur collaboration et abordent le sujet de la trisomie (mais pas que) dans un premier tome bourré d’humour et de tendresse.

Cet album est édité en partenariat avec la Fondation Perce-Neige à l’occasion de son cinquantenaire.

a-coucher-dehors-tome-1-planche

Un album d’Aurélien Ducoudray (scénario) et Anlor (dessin) aux éditions Bamboo, collection Grand Angle.

4 sur 5