Sortie de route

one shot

sortie de route

Un homme et sa femme discutent vacances dans la voiture jusqu’à ce qu’elle boive un coup de grenadine qui la fait redevenir la petite fille qu’elle était à 10 ans…

Un petit road movie franchouillard bien sympathique mais dont on se demande quel est son véritable but. Je le trouve un peu léger car on attend presque qu’il se passe autre chose tout au long du récit. J’aime bien Tronchet et j’ai plaisir à feuilleter ses planches faites d’un trait naïf joliment coloré mais le propos me parait bien mince pour me donner envie de le relire un jour…

sortie de route planche

un album signé Didier Tronchet aux éditions Glénat.

Shangri-La

one shot SF de M. Bablet chez Ankama

Shangri-La nominé à Angoulême 2017

Depuis le temps que j’en entends parler, j’avais très envie de découvrir ce pavé de 200 pages, promesse d’une belle fresque SF.

Les critiques semblent unanimes pour désigner Shangri-La comme LA BD SF de l’année 2016 et je suis parfaitement d’accord. Mathieu Bablet abat là un boulot énorme pour une histoire qui se lit facilement. Alors que beaucoup d’autres ne peuvent s’empêcher de faire dans le compliqué.

On a donc une excellente aventure de SF qui se passe à bord d’un gigantesque vaisseau spatial (représenté avec moult détails, quel boulot !). L’humanité survivante y a trouvé refuge après avoir complètement pourri la Terre. Le quotidien a bord est régi par une seule loi : celle de la société Tzianzhu qui dicte la conduite à tenir de chacun : travailler pour Tzianzhu et consommer Tzianzhu. Rien de plus simple. Et tout le monde s’en contente jusqu’au jour où cette belle mécanique se grippe lorsque des rebelles se manifestent et que des scientifiques projettent de créer une nouvelle race humaine.

Shangri-la planche

Je n’irai pas jusqu’à dire que j’ai adoré et ce pour deux raisons. Je ne suis pas fan du dessin, si les décors sont détaillés et superbes, les personnages ont de drôles de tronches et se ressemblent un peu tous. Et il y a deux ou trois trucs que je n’ai pas bien compris. Ca devrait s’expliquer lors d’une prochaine relecture.

Au final, je félicite Mathieu Bablet pour ce one shot qui, pour plein de raisons, mérite grandement le détour. D’autant qu’à ce prix là il ne faut surtout pas se priver de quelques bonnes heures de lecture.

Un petit mot sur le Label 619 d’Ankama qui propose bien souvent des trucs de qualité qui sortent de l’ordinaire.

4 sur 5

Nuit noire sur Brest

one shot
nuit-noire-sur-brest-couverture
Dimanche 29 août 1937, à Brest. Un sous-marin républicain espagnol fait surface au milieu des eaux brumeuses, en rade du port militaire. Des réparations sur l’engin sont nécessaires. Sous la houlette de l’affreux Troncoso, un commando franquiste s’organise à toute allure dans le but de conquérir le navire. Proches des phalangistes, ils savent pouvoir s’appuyer sur les fascistes locaux. La belle Mingua leur est associée. Collaboratrice de charme, elle est prête à tout pour optimiser la réussite de l’entreprise nationaliste. Mais les forces de gauche, communistes et anarchistes en tête, sont décidées à faire front et résister. « No pasaràn ! Mort au fascisme ! »

Alors là chapeau l’artiste ! C’est bÔÔooooooo ! Damien Cuvillier réalise seul le dessin et les couleurs pour un résultat digne des plus grands. Je pense notamment à Jean-Pierre Gibrat (Mattéo, Le vol du corbeau…) ou Lax (L’aigle sans orteils, Pain d’alouette, le Choucas…) dans le style. Les quelques 60 planches défilent doucement rien que pour le plaisir des yeux.

L’histoire est étonnante. Celle d’un sous-marin de la flotte espagnole échoué dans le port de Brest qui attend patiemment son sort. Le récit s’inspire d’un fait réel historique aussi incroyable que méconnu. Reflet d’une époque, il offre une très bonne immersion dans la France de 1937 où Front Populaire et idées d’extrême droite se côtoient à l’aube d’une 2ème guerre mondiale qui s’amorce.

Un album étonnant qui vaut le détour par sa qualité graphique et son immersion historique.

nuit-noire-sur-brest-planche

Scénario de Kris et Bertrand Galic, dessin et couleurs de Damien Cuvillier. Editions @Futuropolis.

3 sur 5

L’homme qui tua Lucky Luke

l-homme-qui-tua-lucky-luke-couverture

De passage à Froggy Town en pleine nuit et sous une pluie battante, Lucky Luke n’a pas fini son premier verre au saloon du coin qu’un type qui se prétend shérif le provoque. Après avoir remis en place le fâcheux, il apprend que la réserve d’or a été dérobée et les habitants – le connaissant de réputation – lui supplie de reprendre l’enquête. N’ayant rien de mieux à faire, le cow boy accepte leur offre malgré la menace des frères Bone. Mais le plus important pour le moment est de trouver du tabac !..

Je ne vais pas en faire des caisses : j’ai adoré !

Ca faisait un bout de temps que je n’avais pas lu un bon vieux Lucky Luke qui évoque surtout de longues heures de lecture pendant mon enfance et le redécouvrir aujourd’hui sous la maîtrise de Matthieu Bonhomme est une réelle surprise. Je ne sais pas s’il faut le prendre comme un hommage mais ce qui est sûr, c’est qu’il a su moderniser le célèbre « poor lonesome cowboy » en le rendant beaucoup plus adulte.

En plus d’un graphisme « marvellous » (rien que la couverture est une merveille !) qui m’avait déjà tapé dans l’oeil lors de sa précédente série Le Marquis d’Anaon, il a écrit une vraie bonne histoire de shérif, d’attaque de diligence et de duels au colt. On ne s’ennuie pas une seule seconde au fil des quelques 60 sublimes planches.

Bravo Monsieur Bonhomme, vous étiez attendu au tournant comme à chaque fois qu’un auteur ose s’attaquer à un monument du 9ème art et vous avez réalisé l’album parfait !..

Le prochain repreneur de la série se nomme Guillaume Bouzard qui, je pense, ne cherchera pas à faire mieux mais différent. Vivement !

l-homme-qui-tua-lucky-luke-planche

un album signé Matthieu Bonhomme aux Editions Lucky Comics

coup de coeur

Le maître des crocodiles

le maitres des crocodiles couverture

Un homme, un crocodile, une vengeance.

Après Tsunami un premier album remarqué et plébiscité sur BDouebe, Stéphane Piatzszek (Commandant Achab , le chevalier à la Licorne) et Jean-Denis Pendanx reviennent aux iles Banyak en Indonésie pour nous faire vivre leur version de Moby Dick, le combat entre l’homme et l’animal sur fond de message écologique.

En 1984, Bernard, Léo et sa femme Isabelle viennent tourner un documentaire pour dénoncer la pêche à l’explosif pourtant traditionnellement pratiquée par les autochtones. Au cours d’une baignade, Isabelle enceinte de quelques mois se fait dévorer par un énorme crocodile. Avec l’aide de son ami et de quelques villageois, Léo parvient à retrouver la tanière du monstre. Et chose curieuse, ce dernier lui laisse emporter le cadavre de sa femme. 30 ans plus tard, Léo quitte tout et revient sur l’île pour se venger.

Une première partie qui démarre bon enfant et s’achève brutalement en horreur, une seconde très intense dans l’urgence de l’action pour retrouver la bête immonde et une troisième qui se déroule des années plus tard pour la vengeance d’un homme brisé qui n’a pas réussi à oublier et veut finir en beauté. Mais, suicide ou vengeance ? A moins qu’il ne s’agisse de quelque chose d’un peu plus mystique. Le scénario mêle agréablement les thèmes pour offrir au lecteur un one shot d’aventures passionnant.

Une histoire belle et tragique au graphisme sublime. J’aime !

le maitres des crocodiles planche

un one shot scénarisé par Stéphane Piatzszek, dessiné et colorisé par Jean-Denis Pendanx, édition Futuropolis

4 sur 5

Santiago

santiago-couverture

Ce n’est pas toujours facile de trouver de la bonne BD d’humour de nos jours, surtout lorsque l’on veut éviter l’humour grand public (non je ne citerai personne !), dans ma biblio ils se font plutôt rare les albums qui me font poiler. Guillaume Bouzard, Fabcaro, Zep, Fabrice Erre, James, Thierry Vivien, Mo/Cdm, Manu Larcenet (dans ses premiers albums) et la plupart des auteurs made in Fluide Glacial ne sortent pas des BDs tous les jours malheureusement. Alors quand j’ai la chance d’en trouver un nouveau, je le savoure.

C’est le cas ici où B-Gnet – encore un collaborateur de Fluide – qui propose de revisiter le genre western en mode pastiche. Santiago est le chef d’une bande de foies jaunes pilleurs de banque qu’il compose avec Juan, Pablo et Rancho. Mais 4 n’est pas un bon chiffre pour une bande alors quand Chico alias Jessica croise leur route, c’est décidé, elle fera le cinquième !..

Au premier abord, le dessin est plutôt sérieux et maîtrisé, à tel point que vu de loin, on pourrait s’attendre à lire un nouveau Blueberry mais quand les personnages se mettent à parler, on tombe tout de suite dans un absurde bien rodé. Dialogues vifs et situations loufoques vous attendent de pied ferme dans cet excellent one-shot réalisé par un spécialiste de la BD indépendante…

Dans le même genre, il avait réalisé un truc déjà bien tordant et déjanté chez La Boîte à Bulles : Saint-Etienne Lyon.

santiago-planche

un one shot marrant réalisé par le lyonnais B-Gnet aux éditions Vraoum.

4 sur 5

L’homme qui ne disait jamais non

l'homme qui ne disait jamais non couverture

Dans l’avion qui revient de Quito en approche de l’aéroport de Lyon, Violette l’hôtesse de l’air remarque un homme seul qui semble complètement perdu. Il s’appelle Etienne Rambert et il aurait perdu la mémoire. Il ne souvient de rien, ni qui il est, ni d’où il vient, ni ce qu’il fait là. Décidée à lui venir en aide, Violette le prend en main et mène l’enquête pour tenter de remonter le fil du temps. Quitte à tomber sur de vilaines surprises.

C’est parti pour 144 pages menées tambour battant par la jolie brunette qui est persuadée de tenir là un formidable sujet de thèse pour le concours de Profiler qu’elle s’apprête à passer. L’occasion aussi de se faire plaisir et de satisfaire sa curiosité, et cerise sur le bâteau, l’homme est plutôt mignon. On verra en temps utile. Bref, c’est une aventure pétillante à laquelle nous invite Didier Tronchet, mais aussi une vraie enquête sur la vie d’un amnésique qui a semble-t’il vécu quelques dernières heures très mouvementées.

Les premières heures sont très amusantes avant que l’on découvre quelque chose de plus grave jusqu’à un changement de décor intéressant qui nous emmène visiter la capitale de l’Equateur elle aussi dans un mauvais jour.

Pour embellir et emballer ce très bon road movie à la française, on peut compter sur le dessin dynamique chaudement coloré d’Olivier Balez (J’aurai ta peau Dominique A, Angle mort) qui m’a particulièrement plu. Un travail superbe !

L’homme qui ne disait jamais non se révèle un one shot super sympa à lire !!

l'homme qui ne disait jamais non planche

un one shot scénarisé par Didier Tronchet, dessins & couleur de Olivier Balez, édition Futuropolis

4 sur 5

Le grand A

Le grand A

Le grand A c’est en fait l’histoire sous forme de reportage, du premier supermarché Auchan qui a ouvert ses portes en 1972 à Noyelles-Godault dans le Pas-de-calais. Arrivée qui a suscité de nombreux fantasmes et bouleversements si l’on en croit cet album. Et c’est sans aucun doute vrai que cette première ouverture sur le commerce de masse a révolutionné le quotidien des gens de cette époque. C’est en écoutant leur témoignage que l’on comprend le mieux les tenants et les aboutissants, le choix de l’interview se révélant fort judicieux ici. Ca me rappelle certaines BD d’Etienne Davodeau. Les clients issus de la classe populaire pour la plupart qui s’y sentent bien, attirés comme des mouches par la lumière, les commerçants du centre ville qui se sentent lésés mais s’arc-boutent sur leurs principes, les employés du grand A contents ou non, tous ont quelque chose à raconter et c’est là tout l’attrait de l’exercice. On nous raconte leur quotidien joliment illustré par un dessin jovial et plein de bonhomie qui gomme l’aspect démonstratif. Au début, l’enquête alterne avec quelques flash backs historiques à mon avis dispensables puis se focalise sur le grand A raconté de l’intérieur. Sans jamais prendre parti, sans juger, la BD retranscrit fidèlement le ressenti des acteurs et donnent quelques clés pour se faire sa propre opinion. Perso, j’ai passé un très bon moment dans le Ch’nord

Le grand A

one shot scénarisé par Xavier Bétaucourt, dessiné et colorisé par Jean-Luc Loyer, édition Futuropolis

4sur5

Horacio d’Alba tome 2 (Nouvelle Edition) – Le Roi soldat

Horacio d'Alba tome 2

Ahaa ! Le pion dont je parlais précédemment semble se décider à montrer les crocs mais il faudra attendre la toute fin d’album pour le constater. En attendant, on revient sur cette tentative d’assassinat échouée du sénateur Rembrandt qui veut réformer les duels. Le temps de l’union sacrée entre les deux académies, Horacio et Callisto ont eu eu le temps d’une courte aventure et la jeune femme dénoncée auprès de son maître Silas le paye très cher. Marquée au fer rouge (on note au passage combien Rembrandt a raison face à ces pratiques d’un autre âge !) la pauvre devient une Sycophante autrement dit une cible à abattre en toute impunité par celui qui a envie de faire un carton. Ne craignant que le déshonneur elle, décide de finir en beauté. Mais chut ! Je n’en dis pas plus car il y a plein de bonnes choses à découvrir dans ce deuxième tome. De l’action, un duel à (très) grande échelle, de la bravoure et du sang, la politique et le complot laissent peu à peu la place à l’aventure à grand spectacle. Le ton et la tension monte crescendo jusqu’au final qui explique vraisemblablement le titre. Menée tambour battant, cette histoire est vraiment plaisante à suivre et me fait beaucoup penser au Troisième Testament – Julius par son côté épique et historique, ce qui est particulièrement flatteur. Qualité graphique et narration fluide s’allient de nouveau dans cet excellent tome. La guerre est déclarée, les personnages se révèlent et le prochain tome va devoir clore tout ceci en beauté !..

Horacio d'Alba tome 2

album scénarisé par Jérôme Le Gris, dessiné et colorisé par Nicolas Siner, édition Glénat

4 sur 5

Watertown

Watertown
La dernière fois que je vis Maggie Laeger, c’était un lundi matin. Je passais comme à mon habitude dans la pâtisserie de Monsieur Clarke pour y acheter un muffin que je mangerais sur le chemin du bureau. Lorsqu’en payant, je lançai « À demain Maggie », elle répondit : « Non… Demain je ne serai plus là. »…

Modeste employé d’une société d’assurance à Watertown, Philip Whiting s’accorde une semaine de vacances pour s’improviser enquêteur sur la mort de M. Clarke – le pâtissier du coin – dont la vendeuse Maggie a subitement disparue après que ce dernier ait reçu une étagère fatale sur le crâne. C’est en rendant visite à son frère à Stockbridge qu’il tombe par hasard sur Maggie qui feint de ne pas le connaître. Philip soupçonne alors du louche et commence ses investigations. C’est une plongée dans l’Amérique des années 60 que JC Götting nous propose avec cette drôle d’histoire. Celle des belles voitures, des costumes cravates stricts et des enquêtes « à l’ancienne ». Ca fait drôle des fois de revenir aux notes manuscrites et aux enquêtes de voisinage. Mais attention, l’enjeu ici est avant tout de suivre le cheminement d’un homme ordinaire qui face à un mystère passe de la curiosité à l’obsession. Philip n’en dort plus et veut avoir coûte que coûte le fin mot de l’histoire. Et ce n’est qu’au terme d’un suspens qui monte crescendo qu’il y parviendra pour une conclusion hélas bien décevante. C’est fort dommage. On se console au vu d’un graphisme très élégant dont le style s’accorde parfaitement avec l’ambiance de l’époque…

Watertown

un one shot signé Jean-Claude Götting chez Casterman

3 sur 5