Le photographe de Mauthausen

one shot
le photographe de Mauthausen couverture
Comme beaucoup de ses camarades déportés dans le camp de Mauthausen, Francisco Boix ne pensait qu’à survivre à ce cauchemar éveillé. Mais lorsqu’il croise le chemin du commandant Ricken, esthète nazi des plus pervers, qui prend plaisir à photographier l’horreur, le jeune homme comprend qu’il tient là un témoignage unique. A condition de parvenir à faire sortir les photos du camp…

Je connaissais Jacques Tardi et son Stalag, Art Spiegelman et son Maus qui nous racontaient de l’intérieur l’horreur de la guerre et l’enfer des camps de concentration. Une nouvelle pierre vient s’ajouter à l’édifice de notre mémoire collective grâce à ces talentueux auteurs espagnols.

On suit cette fois-ci Francisco Boix, un jeune espagnol qui se retrouve déporté dans un camp nazi en Autriche avec bon nombre de ses camarades. Comprenant le sort qui lui est réservé, il tente un pari fou : faire sortir du camp des photos pour dénoncer au monde entier les horreurs qui y sont commises.

Intelligent et motivé comme jamais, Francisco devra convaincre ses co-détenus du bien-fondé de sa démarche tout en rusant auprès des nazis et du commandant Ricken, le photographe dément qui entend élever la mort au rang d’art.

Très bien dessiné d’un trait semi-réaliste et raconté pas mal en voix-off, le récit est réellement poignant tout en étant très didactique. On vibre avec Francisco du début à la fin. Après avoir tremblé avec lui lorsqu’il prend tous les risques, on le soutient jusqu’au procès de Nuremberg qui s’avèrera une cruelle désillusion.

C’est une histoire véridique comme en témoigne l’excellent cahier final avec ses photos d’archives et ses multiples témoignages. Salva Rubio, scénariste et historien nous offre là une tranche de vie et d’histoire passionnante.

A lire absolument !

le photographe de Mauthausen planche

un album réalisé par Salva Rubio (scénario), Pedro Colombo (dessin) et Aintzane Landa (couleurs) aux éditions Le Lombard.

coup de coeur

Les reflets changeants

un très beau one shot émouvant
les reflets changeants couverture
Nice, en plein mois de juillet. Elsa, la vingtaine, oscille entre deux hommes. L’un ne lui convient probablement plus, l’autre lui fait encore un peu peur. Jean, 50 ans, voyageur frustré, est conducteur de train. Il est forcé de rester à terre pour s’occuper d’Alda, sa fille, arrivée un peu trop vite dans sa vie, suite à une passade amoureuse. Du haut de ses 80 ans, Emile, devenu sourd pendant la guerre d’Algérie, supporte de moins en moins le silence dans lequel il est enfermé. Trois personnages qui ne se connaissent pas, mais qui vont se croiser cet été-là… Une rencontre qui ne les laissera pas indemnes.

EM-BAL-Lé ! Voila c’est le mot qui caractérise le mieux mon sentiment en refermant cet excellent roman graphique de près de 200 pages.

Pour son premier album, Aude Mermilliot a reçu le prix de la Fondation Raymond Leblanc de la jeune création et elle m’impressionne par la sensibilité qu’elle fait passer dans ses planches.

Le trait est lisible et agréable, il ressemble beaucoup à celui de Christian Durieux dans les Gens Honnêtes chez @EditionsDupuis. Le ton est également du même tonneau.

On se retrouve donc au milieu d’un trio de personnages qui ont chacun une histoire à raconter, de la plus légère (Elsa) à la plus dramatique (Emile). Leurs destins vont se croiser.

C’est très bien raconté, le tempo est bon, les planches simples et agréables à l’oeil. Certaines scènes poignantes m’ont presque mis la larme à l’oeil mais comme je suis un grand garçon je me suis retenu…

Moi qui aime bien les histoires sur les gens, je suis servi. Merci Aude !

Et pour la petite histoire, l’auteuse est également voyageuse et bloggeuse.

un album signé Aude Mermilliot aux éditions Le Lombard.

coup de coeur

Relectures du 10.01.2017 et 2 coups de coeur

La mort de Staline (Dargaud)

La mort de Staline tome 1Victime d’une attaque cérébrale dans la nuit du 2 mars 1953, le Petit Père du peuple est mourant. Les membres du Comité Central se réunissent pour statuer sur la conduite à tenir mais c’est avant tout une lutte sans merci pour le pouvoir suprême qui est en jeu.

Fabien Nury semble s’amuser comme un petit fou en imaginant ce qui a pu se passer à la mort de Staline. Le Kremlin devient ainsi le théatre d’une lutte sans merci pour la succession au pouvoir de l’une des plus terrible dictature du XXè siècle. Avec humour et réalisme, cet excellent diptyque dénonce avec jubilation le cynisme des dirigeants russes prêt à s’entretuer dans un jeu de dupes.La mort de Staline tome 2

Au pinceau, Thierry Robin et Lorian Aureyre habillent de sublimes planches au trait anguleux et précis d’une colo rouge, noire et grise en parfaite adéquation avec le propos.

Nominé à Angoulême en 2011, La mort de Staline est un véritable coup de coeur !

Les chroniques originales sont dans les archives (tome 1, tome 2)

Nous ne serons jamais des héros (Le Lombard)

couverture de Nous ne serons jamais des hérosChômeur et galérien du quotidien, à 32 ans Mickael sait que ce n’est pas en restant vautré dans son canapé qu’il s’en sortira. Quand son père, infirme et acariâtre lui propose de l’accompagner pour un tour du monde en échange d’un petit pécule, il n’a guère le choix et finit par accepter malgré sa réticence.

Et c’est parti pour un improbable road movie auquel nous convie les membres de l’atelier lyonnais KCS. Olivier Jouvray et les frères Salsedo nous ont concocté un one shot truculent plein d’humour, de tendresse et de réflexion sur la vie. L’occasion est donnée au lecteur de s’interroger sur ses propres rapports familiaux et la vie en général. Sans donner de leçons mais en invitant à la réflexion tout en divertissant d’une aventure épique, cet album est une véritable réussite et un autre coup de coeur !

La chronique originale est ici.