La Vallée du Diable

Suite ou one shot ?
La Vallée du Diable
Nouvelle-Calédonie, 1925. Loin de leur Savoie natale, qu’ils ont fuie aux lendemains de la guerre, Blanca, Florentin, Pauline et Arpin ont fini par s’établir aux Antipodes. Mais cette nouvelle vie dans les colonies ne satisfait pas leur rêve de justice sociale et de liberté. Et, alors que l’air se fait de plus en plus irrespirable, l’heure des règlements de comptes est venue.

Deux femmes, deux hommes débarquent en 1925 en Nouvelle-Calédonie. James Jacques, un éleveur influent du coin, les prend sous son aile. Cinq ans plus tard, tout le monde est installé. Florentin est devenu cow-boy, la vieille Blanca bricole aux alentours et contre toute attente Arpin et Pauline se sont mariés. Au grand désespoir de Florentin et James évidemment.

Dans un contexte de révolte sur fond de colonisation et de jalousie de proximité, les relations ne tardent pas à s’envenimer. Les Kanaks de leur côté ne digèrent pas la main-mise de l’homme blanc sur leurs terres.

Alors c’est la suite d’un précédent bouquin – Le sentier des Reines – qui remet en scène le quatuor savoyard sous des latitudes plus chaudes que la lointaine Savoie. Perso je ne l’ai pas encore lu mais ce n’est pas gênant, la vallée du diable se lit très bien en one shot.

Je connaissais Anthony Pastor pour des titres plus… américains mais il semble très à l’aise dans la chronique sociale et historique. Perso, je préfère tout de même ses titres comme Castilla Drive ou Bonbons atomiques plus exotiques ou décalés. C’est juste une histoire de goût.

Question dessin, il me semble ici beaucoup plus soigné, la qualité graphique est de rigueur pour une aventure qui reste assez prenante. Le récit est tendu, les personnages pas faciles à cerner, on a l’impression que ça peut péter à tout moment. La violence est latente.

On ne s’ennuie pas une seconde tout en se régalant les yeux.

La Vallée du Diable

Scénario, dessin et colo d’Anthony Pastor chez Casterman.

Rio – tome 2

Les Yeux de la Favela

Rio tome 2 couverture

10 ans ont passé depuis la mort d’Alma. Certains gosses des rues sont devenus de vrais caïds, d’autres ont eu la chance d’avoir trouvé une famille d’accueil.

C’est le cas de Rubeus et Nina qui ont été accueillis par Carolyn et John White, un couple de riches américains. Autant la jeune fille s’est pleinement accommodée de cette nouvelle vie confortable, autant le jeune garçon n’a pas oublié d’où il vient. Alors les conflits avec son père adoptif sont fréquents. Lui qui, sous des allures de bienfaiteur sous le couvert d’une ONG, pourrait bien être un vrai salopard d’ailleurs. L’avenir nous le dira. Pour l’heure, le père continue son business bien incompatible avec les velléités de justice du fils.

Mais l’enlèvement de Nina par le gang de Mozar va mettre la famille et la police dans tous ses états. A moins que ça ne soit un plan tordu des autorités visant à faire le ménage dans les favelas de Rio…

Toujours aussi cash le propos ! Louise Garcia ne met pas de gants pour raconter des scènes très violentes où les morts sont nombreux. Et Corentin Rouge les met en scène efficacement d’un trait sûr et vif. Entre Bouboule (Minautoro), Joey Star (Mozar si si il lui ressemble je trouve, voir la planche ci-dessous) et les flics, on ne se fait pas de cadeaux. Bref, ça bastonne sévère dans les ruelles crasseuses.

Mais pas qu’ici. A Rio, la violence est partout et quand une bande pillards débarque sur la plage où bronzent les bourgeois, les arrestations sont plutôt musclées.

Loin des clichés de carte postale, venez vous aussi vous balader à Rio, vous verrez on ne s’ennuie pas une seconde.

Rio tome 2 planche

un album signé Louise Garcia et Corentin Rouge. Editions Glénat.

4 sur 5

Rio – tome 1

Dieu pour tous

Rio tome 1 couverture

Je crois qu’on le sait tous maintenant: Rio de Janeiro ce n’est pas seulement Copacabana, la plage, le soleil et les beaux corps bronzés. Rio c’est aussi la corruption, les inégalités sociales (comme partout d’ailleurs), la misère, la drogue, la violence et les favelas.

Et c’est bien dans celles-ci que l’on débarque dès les premières pages. Le jeune Rubeus rentre chez lui au moment où sa mère se fait flinguer de sang froid par son amant régulier. Un flic en plus. Menacé de mort lui aussi, le jeune garçon arrive néanmoins à lui filer entre les pattes et à récupérer Nina sa petite sœur qui ne sait rien du drame qui vient de se passer. Dès lors les deux orphelins n’ont guère de choix et se joignent à une bande de petites frappes qui vivent de larcins dans la rue. La vie de Rubeus et  Nina n’était déjà pas toute rose, elle va virer au cauchemar, coincés entre les gangs, les flics et les brigades de la mort. Mais il se pourrait qu’un espoir subsiste pour peu qu’ils aient un peu de chance…

Il m’a franchement beaucoup plu ce premier tome, c’est une histoire écrite par une brésilienne qui semble connaître son sujet et sait en parler. Son scénario est d’une fluidité exemplaire et le propos change de l’ordinaire.

Le style graphique est assez proche de celui de François Boucq, ce qui est à mon sens très flatteur. Et c’est, porté par le trait vif et réaliste du dessinateur de Milan K, que l’on vibre rapidement pour ce récit vitaminé et touchant qui nous emmène pour le coup vraiment au coeur des favelas.

Prévu en 4 tomes, ce démarrage fait figure de témoignage et augure une série prometteuse.

Rio tome 1 planche

un album signé Louise Garcia (scénario) et Corentin Rouge (dessin et couleurs), éditions Glénat.

4 sur 5

A coucher dehors

à coucher dehors – tome 1/2

C’est la première bonne surprise de cette rentrée 2016 !

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Un SDF hérite d’une maison, d’une famille et de tous les soucis qui vont avec…

Alors que je viens de relire avec délice les 3 tomes des Vieux fourneaux, voila t’il pas que je retombe sur une autre chronique sociale du même tonneau. Humour, personnages au fort caractère et grande gueule, ce début de diptyque en partage les caractéristiques sans tout à fait égaler la force des dialogues et le sens de la répartie mais se coulant dans le même moule. Bref, c’est drôle et touchant et le dessin d’Anlor a cet aspect instinctif et dynamique que j’aime beaucoup.

Amédée, Prie-Dieu et La Merguez sont SDF et vivent tous les trois sur les bords de la Seine à Paris. Alors qu’ils sont sur le point de se faire embarquer dans le panier à salade pour la énième fois, Amédée apprend qu’il hérite de sa tante d’une maison en banlieue. Surpris et heureux, il est méfiant et il a raison, la signature de l’acte est accompagnée d’une clause un peu spéciale : la maison est à lui s’il accepte de s’occuper de son cousin trisomique Nicolas passionné par les étoiles. Partant de cet accord, les 3 SDF et le gamin s’installent dans le petit pavillon de banlieue…

Après Amère Russie, un premier diptyque apprécié par la critique et les bédéphiles, Anlor (Les innocents coupables) et Aurélien Ducoudray (The Grocery) réitèrent leur collaboration et abordent le sujet de la trisomie (mais pas que) dans un premier tome bourré d’humour et de tendresse.

Cet album est édité en partenariat avec la Fondation Perce-Neige à l’occasion de son cinquantenaire.

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Un album d’Aurélien Ducoudray (scénario) et Anlor (dessin) aux éditions Bamboo, collection Grand Angle.

4 sur 5