Horacio d’Alba tome 1 (Nouvelle Edition) – La République du point d’honneur

Horacio d'Alba tome 1

La défunte et regrettée maison d’édition 12Bis avait entamé l’aventure en publiant les deux premiers tomes d’Horacio d’Alba mais c’est grâce à Glénat que j’ai aujourd’hui la trilogie complète à disposition. Nouvel éditeur, nouvelle maquette, le moins que l’on puisse dire, c’est que la maison grenobloise a soigné cette nouvelle mouture à commencer par de très belles couvertures rougeoyantes du plus bel effet; et ce n’est pas mentir que d’affirmer que le meilleur nous attend à l’intérieur. On est donc au XVIe siècle en Italie du Nord, dans une République fictive qui a décidé de régler ses conflits par l’intermédiaire exclusif de duels entre professionnels. Deux écoles s’affrontent : l’académie Démocrate du Condottière et la Timocrate de Silas; Horacio d’Alba fait partie des meilleurs prince-duellistes de la première et le jour où il doit affronter sa propre femme en duel, sa vie bascule et il lui devra expliquer à son fils Julius pourquoi il a tué sa mère. En age de devenir duelliste, Julius refuse d’entrer à l’académie préférant rejoindre l’équipe du sénateur Rembrandt parti en croisade contre ces duels d’un autre âge. Tandis que les armées du Cardinal Rouge n’attendent qu’un signe pour envahir la République, le Condottiere et Silas s’allient pour envoyer un petit groupe constitué de leurs meilleurs hommes assassiner Rembrandt qui par son projet de loi menace directement leurs activités. J’ai pris mon temps pour redécouvrir ce premier album et ma première impression était la bonne : on est parti pour une aventure extrêmement bien menée : le trait est sérieux et permet d’apprécier une narration sans failles. Sur fond de drame familial et de complot politique, l’uchronie historique très bien construite promet une lecture agréable et sans temps morts. Petite remarque tout de même, la série porte son nom mais Horacio ne passe pas pour le moment pour un héros plaisant et fédérateur. Sur ce premier tome, on sent le gars courageux et doué pour son métier mais utilisé comme un vulgaire pion par ses supérieurs. Espérons qu’il aura une bouffée d’orgueil par la suite…

Horacio d'Alba tome 1

album scénarisé par Jérôme Le Gris, dessiné et colorisé par Nicolas Siner, édition Glénat

4 sur 5

Watertown

Watertown
La dernière fois que je vis Maggie Laeger, c’était un lundi matin. Je passais comme à mon habitude dans la pâtisserie de Monsieur Clarke pour y acheter un muffin que je mangerais sur le chemin du bureau. Lorsqu’en payant, je lançai « À demain Maggie », elle répondit : « Non… Demain je ne serai plus là. »…

Modeste employé d’une société d’assurance à Watertown, Philip Whiting s’accorde une semaine de vacances pour s’improviser enquêteur sur la mort de M. Clarke – le pâtissier du coin – dont la vendeuse Maggie a subitement disparue après que ce dernier ait reçu une étagère fatale sur le crâne. C’est en rendant visite à son frère à Stockbridge qu’il tombe par hasard sur Maggie qui feint de ne pas le connaître. Philip soupçonne alors du louche et commence ses investigations. C’est une plongée dans l’Amérique des années 60 que JC Götting nous propose avec cette drôle d’histoire. Celle des belles voitures, des costumes cravates stricts et des enquêtes « à l’ancienne ». Ca fait drôle des fois de revenir aux notes manuscrites et aux enquêtes de voisinage. Mais attention, l’enjeu ici est avant tout de suivre le cheminement d’un homme ordinaire qui face à un mystère passe de la curiosité à l’obsession. Philip n’en dort plus et veut avoir coûte que coûte le fin mot de l’histoire. Et ce n’est qu’au terme d’un suspens qui monte crescendo qu’il y parviendra pour une conclusion hélas bien décevante. C’est fort dommage. On se console au vu d’un graphisme très élégant dont le style s’accorde parfaitement avec l’ambiance de l’époque…

Watertown

un one shot signé Jean-Claude Götting chez Casterman

3 sur 5

Le Maître d’Armes

le maitre d'armes
1537. Au fin fond des montagnes perdues du Jura, un envoyé de l’Église exacerbe la haine religieuse de montagnards catholiques afin qu’ils lancent une chasse à l’homme contre un jeune protestant et son guide. Leur crime ? Vouloir faire passer une Bible traduite en français jusqu’en Suisse pour la faire imprimer. Une hérésie ! Commence une traque impitoyable : à deux contre trente, le destin du jeune homme et du vieux Hans Stalhoffer semble scellé. Sauf que Hans n’est pas une proie comme les autres ; il est l’ancien maître d’armes de François Ier… Et la proie est bien décidée à devenir le chasseur…

96 pages, ça peut être paraître épais pour un album de BD franco-belge de ce format là mais franchement ça se lit d’une traite sans peine et le dessin est magnifique ! Pas forcément hyper passionnant mais très agréable à suivre par sa mise en scène très cinématographique et son rythme intense. Xavier Dorison aime les grands récits épiques (Long John Silver, Undertaker), les héros sombres et ténébreux et ça se sent encore ici. La préface pose bien le contexte historique, à cette époque certains courageux commençaient à s’interroger sur le bien fondé de la Bible qui soi-disant donnait tous pouvoirs à l’Eglise au détriment d’une population maltraitée qu’on laissait volontairement patauger dans l’ignorance, la terreur et la pauvreté. Une époque pas jolie-jolie. Heureusement, certains plus courageux et plus instruits que d’autres ont risqué leur vie pour que ça change et c’est la toile de fond de cette traque glaçante où tous les mauvais coups sont permis.
Donc attention, c’est très violent et très sanglant, faut pas avoir peur de se tâcher les mains en ouvrant cet album. Les personnages ne font pas dans la dentelle quand il s’agit de se tronçonner à l’arme blanche.
En tout cas, j’en ai pris plein les yeux car Joël Parnotte sort le grand jeu pour illustrer un récit de cape et d’épée haut en couleurs (le rouge surtout !).
En clair, j’en ai eu pour mon argent…

Et regardez la planche ci-dessous, elle résume à elle seule la qualité de l’album :

une planche du Maître d'armes

un one shot scénarisé par Xavier Dorison, dessiné et colorisé par Joël Parnotte, édité chez Dargaud

3 sur 5