Moi, assassin

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Après l’art de voler qui ne m’a pas laissé un souvenir impérissable peut-être à cause de sa noirceur (mais c’est un chouette livre que je chroniquerai quand j’aurai moins la flemme), voila un nouveau one shot signé du même scénariste espagnol.

Très bien documenté (ou réalisé par un spécialiste de la question, je ne saurai le dire), les dialogues techniques sur l’art sont bien présents et se sont pas là uniquement pour l’habillage. Le constat est même étonnant : ça passe plutôt bien et entretiennent des pauses à la voix off d’Enrique qui se livre au lecteur. On n’en saura pas plus sur sa vraie motivation, d’après lui l’homme tue parce qu’il est né comme ça. N’empêche étrangler un pauvre vieux ou une femme seule je ne vois pas bien l’intérêt de l’exercice quand son auteur n’explique pas vraiment son geste. On pourrait penser qu’il en tire du plaisir mais ce n’est pas forcément très clair, peut-être poursuit-il une quête ou désire-t’il démontrer une thèse sur la violence et l’art.

En plus d’un dessin en noir et blanc aux larges aplats noirs qui donne une tonalité particulière, c’est la narration qui emporte l’adhésion, la voix-off est bien présente et les tirades techniques sur l’art n’embrouille pas le lecteur et apporte quelques instants de réflexion et de culture. On pénètre pour la première fois dans les méandres d’une université espagnole où la politique occupe une grande place. On n’a pas forcément tous les éléments pour tout appréhender mais on assiste intéressé et amusé aux débats quelquefois houleux.

L’originalité du contexte, la personnalité d’Enrique, l’atmosphère particulière, le dessin et les dialogues font de ce one shot une lecture très intéressante.

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un one shot signé Antonio Altarriba (scénario) et Keko (dessin) aux éditions Denoël Graphic.

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Le Juge, la République assassinée tome 1/3

Chicago-sur-Rhône

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Alors là, je ne sais pas comment j’ai fait pour en arriver à bout ! Il y a des personnages dans tous les sens, et en plus certains se ressemblent. Bref, il y a de quoi s’embrouiller et jeter l’éponge. Et pourtant, j’ai tenu. Raconter en BD l’histoire du juge Renaud était sûrement un défi et Olivier Berlion en auteur aguerri le relève haut la main.

Prévu en 3 tomes, l’histoire ne fait que commencer et on s’attache déjà à cette grande gueule de juge et ses méthodes peu orthodoxes. On connait déjà la fin car on sait que l’enquête sur son assassinat n’a jamais abouti mais on a une forte envie de se replonger dans les sinistres affaires de l’époque.

Nous sommes à la fin des années 60, la capitale des Gaules est rongée par la corruption et la pègre. Flics, voyous, magistrats, politiques, ils ont tous connu la guerre en tant que résistant ou ancien de l’Algérie. Face à cette situation, le juge François Renaud est un des rares qui tente de faire respecter la loi. Fort en gueule, coureur de jupons mais parfaitement intègre, il a dans le collimateur tous ceux qui franchissent la ligne jaune. On le surnommera le Shérif.

L’entré en matière est un peu ardue et il faut rester concentré mais ça vaut le coup d’oeil. Si on aime Olivier Berlion et son graphisme, le polar, l’Histoire de France et la belle ville de Lyon, on n’hésite pas et on lit. Allez hop hop hop !..

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un album signé Olivier Berlion aux éditions Dargaud.

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Lazarus tome 4

Poison

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Je commence à m’y attacher sérieusement à cette série ! Il faut croire que la belle Forever aura réussi son pari en se jouant les charismatiques Lara Croft. Forte, belle et punchy, la super woman fait parler la poudre encore un peu plus que d’habitude, elle qui avait eu quelques états d’âme dans les épisodes précédents. Aujourd’hui place à la guerre et au déferlement de sa fureur, le Lazare n’est décidément pas d’humeur à se laisser emmerder.

Dans ce tome 4, le patriarche Carlyle est mourant, empoisonné par son rival le docteur Hock. Son fils Stephen a pris le costume du patron mais n’est pas taillé pour ce rôle. L’occasion pour Johanna de tenter un truc, elle qui a déjà trahi sa famille. La guerre des clans est déclarée et Forever est envoyée avec un mini escadron détruire une position ennemie stratégique. La partie n’est pas gagnée et le Lazarre des Carlyle a cette fois-ci de fortes chances d’y passer.

Beaucoup d’action donc au menu de cet opus dont la fin m’échappe un peu. Mais qui est donc cette enfant ? Flash back mal annoncé ou cliffhanger ? La suite nous le dira bien que j’ai tout de même ma petite idée. Bref. sous le pinceau de Michael Lark (aidé à l’encrage par Tyler Boss), le récit défile à fond les ballons à peine ponctué par le jeu politique et la course contre la montre pour sauver le père à l’agonie. C’est rythmé, vivant et la froideur du contexte se fait oublier pour plonger à fond dans une série qui devient au fil du temps un incontournable au rayon comics.

A découvrir sans hésiter.

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Un album scénarisé par Greg Rucka, graphisme de Michael Lark, couleurs de Santi Arcas. Edité chez @GlenatComics.

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World War Wolves tome 2

Autrefois un homme, aujourd’hui un loup

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Preuve que c’est pas mal, les boulets comme moi qui débutent une série par le tome 2 n’auront aucun mal à plonger dans ce Survival horror que nous propose Soleil Comics. Bien servi par un graphisme sec comme un coup de trique qui n’a pas besoin de couleurs, privilégiant les jeux d’ombre efficaces (la planche choisie ci-dessous illustre bien ce que j’essaye de dire), on entre de plein pied dans un monde joyeusement apocalyptique.

Les Etats-Unis se divisent maintenant en deux groupes : d’un côté les humains survivants qui ont échappé à un mal extrêmement contagieux se rassemblent en petites communautés, de l’autre les lycanthropes – loups garou – qui s’organisent pour mettre en place une nation dominatrice.

Au milieu du chaos, JL Istin s’intéresse au destin de 3 groupes distincts. A Las Cruces, petite ville fortifiée théoriquement à l’abri des vilains poilus, John Marshall et sa famille doivent pourtant démasquer le loup garou qui a pris leur immeuble pour son garde-manger. Fuyant Philadelphia où ils sont passés à deux doigts de se faire bouffer, Jeremy Lester le jazzman aveugle et la petite Sarah prennent la route pour Lancaster. A la prison de Riker’s Island, Malcom Spolding échafaude un plan pour mettre les voiles le jour de la visite de Raven le chef de meute.

C’est sûr que ça lorgne du côté de Walking Dead, ça en a le gout et la couleur et la comparaison coule de source. Néanmoins, les histoires croisées permettent d’alterner les situations et varier les plaisirs. Et comme son homologue made in US, les personnages sont suffisamment épais pour qu’on s’y intéresse sans oublier un quota raisonnable de scènes horribles qu’on savoure à petites doses.

Dans le genre, on a lu largement pire alors si le thème vous botte, moi je dis que c’est un achat qui se tente.
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Scénario : Jean-Luc Istin, Dessin : Kyko Duarte, aux éditions Soleil (French Comics)

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Le pouvoir des Innocents, cycle 2, tome 4

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Lou Mc Arthur, candidat charismatique au poste de gouverneur et ami de Jessica, a finalement été élu. Mais son élection provoque une émeute à la prison de Rickers Island : en cause sa prise de position contre la peine de mort qui épargnerait Joshua Logan d’un châtiment que beaucoup de détenus appellent de leurs voeux… Joshua, traqué, doit se cacher dans un casier du vestiaire des gardiens… Deux visions pour un pays se déroule dans la continuité immédiate de l’épisode précédent, entre le 7 septembre et le 9 novembre 1999 lors des élections du gouverneur de l’Etat de New-York. En lice, la très conservatrice Meredith Bambrick semble avoir pris une avance décisive sur le candidat démocrate Lou Mac Arthur après qu’il s’est officiellement déclaré contre la peine de mort en général et contre l’exécution de Logan, « l’homme le plus détesté de la ville ».

Je ne vais pas mentir, c’est toujours avec une certaine appréhension que j’attaque une BD de Luc Brunschwig. Avec cet auteur ô combien talentueux, complexité et densité sont toujours au rendez-vous. Ca donne certes d’excellents albums qui se coulent parfaitement dans de super séries mais il est souvent indispensable de relire – re-feuilleter à minima – les épisodes précédents pour se remettre dans le bain. Tout bien réfléchi, la sortie de n’importe quel nouveau tome dans une série amène ce genre de réflexion. Bref.

La complexité a d’ailleurs joué des tours aux auteurs et leur éditeur Futuropolis car ils étaient partis sur 2 séries parallèles faisant suite à l’excellent Pouvoir des Innocents (la deuxième étant Les enfants de Jessica) mais les lecteurs s’étant quelque peu perdus en route, ils ont changé leur fusil d’épaule pour se concentrer sur ce cycle 2 et ce tome 4 dont je parle aujourd’hui. Re-bref.

Tout ceci peut paraître un chouïa compliqué mais ça se lit avec énormément de plaisir et ce qu’il en ressort, c’est qu’une fois l’intégralité des tomes réunis, on aura dans les mains tous les éléments pour déguster une vraie bonne série contemporaine, s’interrogeant sur les vices de notre société mais aussi sur ses espoirs et ses rêves.

Une tranche d’humanité mise en lumière par un dessin réaliste magnifique.

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Un album scénarisé par Luc Brunschwig, dessin et couleur de David Nouhaud & laurent Hirn. Edition Futuropolis.

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Oracle tome 7 – le Clairvoyant

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Je découvre la série Oracle au cours de ce tome 7 qui heureusement se lit en one shot. A la base, je ne suis pas spécialement preneur de ce genre de récit se déroulant dans la Grèce Antique, berceau de la mythologie occidentale mais contre toute attente, j’ai beaucoup aimé. Le thème de la série-concept étant de confronter les mortels aux dieux de l’Olympe.

Homère, voyageur aveugle et homme de lettres, se rend à Sparte accompagnée de sa fidèle compagne Cyddipe. Epuisés par un long voyage, ils trouvent refuge dans une grotte aux portes de la cité et font la connaissance du jeune Philométis qui leur propose sa compagnie. Au coin du feu, il leur raconte alors la légende des jumeaux Protogonos et Deuteron. L’un aura la force du boeuf, le second une tête bien faite. Devenus adultes, leur chemin se sépare, Protogonos prenant la succession de son père à la tête du village, Deuteron préférant quitter les siens pour suivre les marchands phéniciens aux quatre coins du monde.

Ce n’est pas très facile à résumer car l’album est extrêmement dense. C’est impressionnant de voir comment le scénariste parvient à coucher sur le papier une histoire aussi riche tout en gardant une narration aussi claire. Le constat est que finalement, l’aventure parvient à capter rapidement le lecteur. C’est truffé de noms propres, les dialogues sont chargés, mais le graphisme aidant, ça passe tout seul.

Très bien mené, parfaitement dessiné, le destin des deux jumeaux se lit comme un gros roman d’aventure s’achevant sur une révélation qui se dévoile au fur et à mesure. Un exercice périlleux et difficile mais convaincant.

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un album scénarisé par Antoine Tracqui, dessiné par Lucio Leoni & Emanuela Negrin, couleurs de Cyril Saint-Blancat, édition Soleil

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Badlands tome 2 – Le danseur au grizzli

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Dans ce deuxième épisode sur trois au total, on retrouve la magnifique Perla (voir la planche ci-dessous ^^) accompagnée de Leonce, Sam et l’indien Meurs Longtemps en route pour une vallée perdue du nord-ouest américain à la rencontre d’une tribu indienne qui pourrait aider Perla à utiliser les artefacts laissés par son aïeul. Ils sont bientôt rejoints par Jeune-Saumon qui leur propose de les mener à bon port.

Western fantastique à base de légende indienne, Badlands vaut surtout le détour par son personnage féminin – Perla – charmante, courageuse et charismatique qui ne se laisse jamais compter. Au cours de ce tome, on assiste à une curieuse chasse à la baleine rendue spectaculaire par le graphisme fin et élégant de Piotr Kowalski qui nous offre de très belles planches tout au long de la balade au coeur de paysages sauvages et superbes.

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un album scénarisé par Eric Corbeyran, dessiné par Piotr Kowalski, couleurs de Aurore Folny, édition Soleil

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Sykes ? Encore un western ? Oui mais c’est du bon !
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Lorsque « Sentence » Sykes pose le premier sabot dans ses collines natales, le jeune Jim Starret reconnaît immédiatement une légende de l’Ouest, digne des illustrés avec lesquels il a appris à lire. Mais son nouveau héros n’est pas là lorsque la redoutable bande des Clayton assassine sa mère sous ses yeux. Dès lors, Jim n’a plus qu’une obsession : rejoindre Sykes et participer à la traque. Il a déjà payé le prix du sang. Il ignore encore que ce sont ses démons qui forgent une légende du Far-West…

Allez, celui-là je l’ai acheté sur la foi des très bonnes critiques que j’ai lues. Bien que je me méfie des avis de la presse spécialisée et des journalistes pro qui me paraissent souvent trop élitistes. Mais à mon grand soulagement, j’ai trouvé ça excellent. Question graphisme, rien à dire c’est superbe, l’objet est très très beau aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur. On y trouve là un pur western , âpre et violent qui se déride grâce à quelques légers traits d’humour bienvenus sous le trait du personnage de O’Malley, le fidèle compagnon de Sykes.

C’est sur le déroulé de l’histoire que j’ai un peu tiqué car les deux tiers de l’album sont consacrés à une intrigue puis on passe à autre chose, ça fait qu’on se demande pourquoi ça ne s’arrête pas là (on comprends pourquoi ensuite). Un peu comme si le scénariste avait eu de nouvelles idées au fur et à mesure et avait voulu rallonger la sauce jusqu’à un surprenant final qu’on ne voit venir qu’aux toutes dernières pages. Ceci mis à part, l’ensemble se tient vraiment bien et ce western fait honneur à la collection Signé du Lombard.

Ces derniers temps, le genre westen revient en force entre Undertaker, Stern et le Lucky Luke de Matthieu Bonhomme, les cowboys ont le nez en poupe et Sykes se hisse largement au niveau des autres.

Pour ma part, j’ai adoré. De mon achat, content je suis. 🙂

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un album scénarisé par l’elficologue Pierre Dubois, dessiné par Dimitri Armand, couleurs de Dimitri Armand & Sébastien Gérard. Edition Le Lombard, collection Signé.

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L’homme qui tua Lucky Luke

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De passage à Froggy Town en pleine nuit et sous une pluie battante, Lucky Luke n’a pas fini son premier verre au saloon du coin qu’un type qui se prétend shérif le provoque. Après avoir remis en place le fâcheux, il apprend que la réserve d’or a été dérobée et les habitants – le connaissant de réputation – lui supplie de reprendre l’enquête. N’ayant rien de mieux à faire, le cow boy accepte leur offre malgré la menace des frères Bone. Mais le plus important pour le moment est de trouver du tabac !..

Je ne vais pas en faire des caisses : j’ai adoré !

Ca faisait un bout de temps que je n’avais pas lu un bon vieux Lucky Luke qui évoque surtout de longues heures de lecture pendant mon enfance et le redécouvrir aujourd’hui sous la maîtrise de Matthieu Bonhomme est une réelle surprise. Je ne sais pas s’il faut le prendre comme un hommage mais ce qui est sûr, c’est qu’il a su moderniser le célèbre « poor lonesome cowboy » en le rendant beaucoup plus adulte.

En plus d’un graphisme « marvellous » (rien que la couverture est une merveille !) qui m’avait déjà tapé dans l’oeil lors de sa précédente série Le Marquis d’Anaon, il a écrit une vraie bonne histoire de shérif, d’attaque de diligence et de duels au colt. On ne s’ennuie pas une seule seconde au fil des quelques 60 sublimes planches.

Bravo Monsieur Bonhomme, vous étiez attendu au tournant comme à chaque fois qu’un auteur ose s’attaquer à un monument du 9ème art et vous avez réalisé l’album parfait !..

Le prochain repreneur de la série se nomme Guillaume Bouzard qui, je pense, ne cherchera pas à faire mieux mais différent. Vivement !

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un album signé Matthieu Bonhomme aux Editions Lucky Comics

coup de coeur

Rumble tome 1 – La couleur des ténèbres

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C’est un pur divertissement que nous proposent là John Arcudi et James Harren. L’histoire d’une vengeance entre des êtres venus du fin fond des ages qui côtoient le temps d’une nuit ou deux quelques humains un peu paumés dans la vie. C’est une bombinette question graphisme et survitaminée dans sa narration. Ce n’est pas un hasard si le titre Rumble se traduit par bagarre en français.

Barman dans un bar miteux, Bobby voit sa vie basculer lorsqu’un gigantesque épouvantail tranche le bras de Cogan son plus vieux client. Courageux, le jeune homme affronte la créature et lui explose le crâne qui s’éparpille en fétu de paille ! Malgré cette entrée en matière quelque peu brutale, Bobby et son copain Del vont faire ami-ami avec Rathraq – c’est son nom – pour l’aider à retrouver son véritable corps.

On se laisse volontiers embarquer dans ce premier tome à l’ambiance originale et décalée, peuplé de monstres aussi moches les uns que les autres, servi par un dessin et une colo particulièrement soignés et des dialogues teintés d’humour. On n’y croit pas mais on aime bien 🙂

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un album scénarisé par John Arcudi, dessins de James Harren, couleurs de Dave Stewart, édition @GlenatComics.

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